L’enseignement formel de l’entrepreneuriat: de la théorie à la pratique

Un reportage de Melissa Claudie Philippe

Le milieu collégial veut développer des qualités qui seront utiles aux élèves tout au long de leur vie. Dans cette perspective, l’idée de rendre service à la communauté ou de créer des entreprises pour apprendre s’est répandue dans plusieurs cégeps. Grâce aux retombées sur la  persévérance et la réussite scolaires des jeunes, toute forme de pédagogie qui permet à l’étudiant d’être au cœur de l’apprentissage est digne d’être explorée. Durant le 37e colloque de l’AQPC, qui s’est tenu sur le thème Notre héritage, en juin 2017, plusieurs présentatrices se sont intéressés à l’entreprise d’entraînement, l’apprentissage par l’engagement communautaire et à une forme de coopérative (de travailleurs autonomes) comme stratégie pour favoriser une démarche d’apprentissage et d’orientation professionnelle.

Atelier 212: L’entreprise d’entrainement pédagogique, l’étudiant au cœur de l’apprentissage

Présenté par Valérie Lefebvre et Nancy Rousseau

Valérie Lefebvre et Nancy Rousseau présentent l’entreprise d’entraînement comme une entreprise fictive qui fonctionne comme une entreprise réelle, en permettant aux étudiants d’effectuer des transactions commerciales. Ce concept a été développé en Allemagne en 1970. Aujourd’hui, le réseau des entreprises d’entraînement (5300 entreprises d’entraînement réparties à travers 42 pays) présent à travers le monde, effectuent des transactions simulées entre-elles en utilisant des procédures commerciales réelles.  Les participants peuvent donc y acquérir des connaissances pratiques du marché du travail en vue de l’amélioration de leur employabilité et de leur esprit d’entrepreneuriat.

L’entreprise d’entraînement qu’elles citent en exemple, Connexion Express, est la première entreprise d’entraînement du Québec. Ayant vu le jour en 2002, cette entreprise d’entraînement fait partie du Réseau canadien des entreprises d’entraînement, et permet aux étudiants des techniques administratives du Cégep de Granby d’être confrontés à toutes sortes de situations d’une réelle gestion d’organisation : secrétariat, comptabilité, vente, achat, marketing, communication, ressources humaines, informatique, infographie, centre d’appels.

Connexions express, lors de la célébration de ses 10 ans. Source de l’image: http://www.cegepgranby.qc.ca/programmes-detudes-dec-et/dec-programmes-techniques/gestion-de-commerces-410d0/2013/connexions-express-fete-ses-dix-ans-cette-annee

Originellement mis sur pied pour contrer le décrochage scolaire des garçons, les participants stagiaires ont l’occasion de développer leurs connaissances techniques, d’acquérir une expérience professionnelle concrète et de s’orienter dans leur choix de carrière. Cela est rendu possible grâce à un apprentissage actif réalisé dans un véritable environnement de bureau, sous la supervision d’intervenants qualifiés, sur une période de 15 semaines.

En outre, les participants stagiaires ont également accès à des activités complémentaires telles que speed meeting, études de cas, foire commerciale, conférences etc.


Atelier 717: L’apprentissage par l’engagement communautaire au collégial

Présenté par  Nathalie Savard

Cette solution de rechange aux méthodes d’enseignement traditionnelles est également une stratégie d’apprentissage expérientiel dans lequel les étudiants rendent service à leur communauté en réalisant des activités communautaires intégrées dans le cursus scolaire, encadrées par leur professeur et liés aux objectifs de leur cours. Par la suite, Madame Savard précise que les étudiants sont amenés à produire un travail de réflexion dont l’utilité est de mesurer l’atteinte des objectifs du cours.

En engageant les étudiants dans une expérience réciproque avec un organisme communautaire, ils peuvent contribuer au développement de leur communauté, mettre leurs compétences en action et améliorer leur expérience étudiante en abordant l’aspect pratique de leur programme d’études.

Nathalie Savard précise la différence entre bénévolat, stage et apprentissage par l’engagement communautaire.

La conseillère pédagogique termine sa présentation en affirmant que l’apprentissage par l’engagement communautaire est un cercle vertueux. Il constitue des avantages pour les 3 parties impliqués:

Avantages pour les étudiants:

  • Acquisition de valeurs et d’aptitudes utiles (notamment des compétences relationnelles et sentiment de responsabilité sociale, l’engagement et la motivation)
  • Application de la théorie à des situations authentiques
  • Sensibilisation aux enjeux sociaux

Avantages pour les enseignants:

  • Intégration de la théorie enseignée en classe à ce qui se fait dans la communauté
  • Participation accrue des étudiants en classe
  • Meilleure compréhension des notions théoriques

Avantages pour les partenaires communautaires:

  • Occasion de profiter des connaissance des étudiants pour leur propre avancement
  • Opportunité de bénéficier des services des étudiants bénévolement


Atelier 513: Une coopérative de travailleurs autonomes en Graphisme

Présenté par Carol Arseneault et Marie Pier Roy

Carol Arsenault s’est jointe à Marie Pier Roy pour présenter le  Studio Jeune coop, la coopérative de travailleurs autonomes du cégep de Sainte-Foy. Elles commencent par définir le concept: une coopérative est une entreprise fondée sur la contribution en capital et en opérations d’un groupement de personnes. Ce type d’association, dite d’économie sociale et solidaire, dont la propriété est collective, peut être aussi vu comme un modèle d’entreprise-école.  

Carol Arsenault a appuyé son intervention sur l’apprentissage en entreprise par le modèle de coopérative créé à l’intérieur du Cégep: Studio Jeune Coop.

Studio Jeune coop a été créé il y a 30 ans. Connu initiallement sous l’appellation Créons, en 2016, ce studio-stage a laissé la place à une nouvelle coopérative scolaire pour mieux répondre aux nouvelles compétences du programme des sciences administratives du Cégep et valoriser l’entrepreneuriat et l’intrapreneuriat.

Cette nouvelle formule permet à des étudiants de 3e année de réaliser des mandats variés pour des particuliers, des organismes et des entreprises de communication de la grande région de Québec. Les étudiants y prêtent services à titre de travailleurs autonomes ou comme pigistes et gagnent des honoraires allant jusqu’à 30$ l’heure, outre la possibilité de détenir des parts sociales. C’est aussi l’opportunité pour des étudiants de faire partie d’un conseil d’administration également constitué de professeurs, de représentants de la direction des études, de membres consommateurs.

Pour l’année 2016, la coopérative a engagé 32 étudiants, qui ont réalisé 42 mandats, en 600 heures facturées.

Plusieurs outil numériques de gestion sont également mis à profit:

  • Collabox (estimation coûts, facturation, feuille de temps)
  • Google doc (travail collaboratif)
  • Google agenda (planification des travaux)

C’est un programme endossé par le ministère de l’économie de l’innovation et des exportations pour de nombreux avantages, d’ailleurs constatés par les intervenantes:

  • Meilleure préparation des étudiants
  • Grand tour d’horizon de leur métier
  • Expérience concrète avec des clients
  • Valorisation de leur travail et confiance en soi

L’intérêt de ces intervenantes pédagogiques à poursuivre et à améliorer leur action en faveur de l’éducation à l’entrepreneuriat était remarquable. Bien que l’enseignement théorique de l’entrepreneuriat est importante, ces femmes ont démontré que pour être efficace, il doit être mis en complémentarité avec des interventions pratiques, qui plongent les étudiants dans un contexte d’entreprise réel. Le nombre de commentaires que le sujet a suscité auprès de l’assistance ne témoigne pas moins de l’intérêt des acteurs pédagogiques de tout ordre, en quête de la stratégie qui fera la différence auprès de leurs étudiants.

 

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